La Clinique flottante : une réalité
Une équipe de bénévoles assemble une embarcation fluviale de 12 mètres
L’automne dernier, elle n’était qu’à l’état de projet. Maintenant, grâce au travail acharné de Ron Duval, bénévole de l’ASCCA expert en assemblage, et à celui d’autres membres de l’équipe Canado-gabonaise, la clinique flottante navigue sur les eaux du fleuve Ogooué, apportant des soins médicaux à des communautés établies aux bords de lacs et cours d’eau qui sont inaccessibles par la route.
Un intérêt présidentiel
Dans un complexe à Port-Gentil situé près du delta du fleuve Ogooué, Ron Duval, originaire d’Ottawa, et une équipe constituée de quatre ouvriers et du pilote du bateau, tous gabonais, ont assemblé l’embarcation dans un délai serré.
Selon les mots de Ron Duval, “la présidente par intérim, Rose Francine Rogombé, devait inaugurer le bateau trois semaines après, soit le 17 août (fête de l’indépendance du Gabon), à Lambaréné, à 300 kilomètres en amont.”
C’est là que se trouve le célèbre hôpital fondé par Albert Schweitzer, qui, depuis 1913, forme des médecins et soigne des patients pour tout le pays. Pour se rendre de Port-Gentil à Lambaréné, le fleuve constitue la voie la plus rapide, ce qui s’applique à la plupart des communautés situées sur les rives de l’Ogooué, et à de nombreuses autres localités du Gabon. L’absence d’accès par la route explique cet intérêt présidentiel pour le projet de clinique flottante de l’ASCCA.
Des retards
Au départ, il semblait facile de terminer le bateau à temps pour l’inauguration. Mais en dépit de l’importante visibilité dont bénéficiait le projet et de l’intérêt de la présidente, des défis liés à la soudure de l’aluminium ont ralenti l’exécution du projet.
Malgré ces retards, l’équipe a fourni un travail acharné pour faire en sorte que le bateau soit acheminé à temps à Lambaréné pour l’inauguration. Ron Duval affirme que “ le projet reposait en grande partie sur de la haute technologie, en dépit d’inconnues et des modestes moyens disponibles. Le meilleur moment en a été l’achèvement : la fierté se lisait sur les visages des personnes impliquées.”
Imposant et complexe
Le bateau avait été préfabriqué ; mais à cause de sa taille, il fallait plus qu’une clef hexagonale pour le monter. Chacun des deux pontons fait 1 mètre de haut, 12 mètres de long et pèse 220 kilos. Les murs latéraux de 9 mètres sont en une seule pièce, comprenant de l’aluminium, de l’isolant, un revêtement en fibre de verre et des fenêtres. Les ponts inférieurs et supérieurs, les pontons, l’escalier et les garde-corps ont fait intervenir du soudage d’aluminium. L’ensemble devait être en état de naviguer.
En plus de cette dernière exigence, le bateau devait également pouvoir accueillir les structures complexes liées au fonctionnement de la clinique, notamment un bloc opératoire, un dispensaire et un salon d’attente faisant à la fois office de salle de consultation et de station de pilotage. Même si l’équipe avait tout apporté – armoires, comptoirs, meubles, panneaux solaires, convertisseurs, systèmes d’électricité et de plomberie, les défis de matériel, inévitables, prenaient beaucoup de temps.
L’union fait la force
L’assemblage de cette structure préfabriquée s’est fait sans grue ni outil pneumatique. L’équipe a utilisé sa propre ingéniosité, la force de levage de nombreux bras, et les outils électriques que M. Duval rechargeait chaque nuit dans sa chambre d’hôtel.
Pour vider le conteneur, juché à un mètre et demi du sol sur une semi-remorque à plateau, il a fallu recourir à tous les muscles d’un groupe d’hommes emprunté à un chantier voisin. Ces travailleurs habiles ont conçu une rampe improvisée.
Les seules instructions de montage étaient les notes prises par M. Duval lors de visites chez le fabriquant du bateau, U-Fab, et chez d’autres constructeurs. Dépourvu d’accès à l’Internet, Ron Duval devait envoyer ses questions et soumettre les défis rencontrés au Canada par le biais d’un ami rencontré sur place.
Dévouement et ingéniosité
Lors de l’assemblage, Ron Duval a formé les ouvriers de la région, qui, pour la plupart, n’avaient jamais utilisé une perceuse électrique ou changé un bloc-piles.
“Même s’ils ont débuté sans expérience, ils allaient à la fin de la semaine à un rythme auquel je défie quiconque ici de pouvoir travailler. Ils voulaient tous faire un bon travail, parce qu’ils étaient enthousiasmés à l’idée de finir le projet et impatients d’obtenir une expérience professionnelle.”
Ron Duval a apprécié l’ingéniosité des travailleurs de la région, liée sans aucun doute à leur habitude d’avoir à faire beaucoup avec si peu de moyens. “Nous ne savions pas comment boulonner une attache à l’intérieur d’une barre profilée en C, située sur la proue. Un gars a compris le problème, a attaché deux outils ensemble et a trouvé la solution.”
Le soudage
Le soudage de l’aluminium a posé un vrai problème. Même si M. Duval était venu avec la plupart des fournitures, il en manquait quelques-unes, difficiles à obtenir. Les conditions venteuses dans le delta du fleuve rendaient le soudage à l’argon délicat, car le gaz doit rester autour de la soudure jusqu’à ce qu’elle ait pris. Les soudeurs ont fini par monter une tente pour protéger le site du vent.
“Les soudeurs gabonais ont été impressionnés par la qualité du soudage canadien sur les pontons, et ils étaient désireux de prouver qu’ils pouvaient faire aussi bien.”
Réaction des habitants
Les personnes qui se trouvaient à l’hôtel de Ron Duval se posaient des questions sur ce Canadien qui revenait couvert de poussière chaque soir.
Amusé, il se souvient de leurs paroles. “Ils disaient : ‘vous n’êtes pas pêcheur, mais alors, que vous êtes sale quand vous rentrez !’. Quand ils ont découvert qu’on construisait un bateau pour fournir des soins médicaux sur le fleuve, leur réaction a été intense. Ils m’ont dit combien ils en avaient besoin et n’ont pas arrêté de nous remercier. ”
Un pilote fluvial de la région qui a beaucoup d’expérience, Willy Remanda, prendra la barre de la clinique flottante sur l’Ogooué, où les habitants des environs se déplacent la plupart du temps en pirogue.
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