Cyberlettre — mai 2008

English
  Les problèmes de santé des femmes sont universels.

Autonomisation des femmes en Tanzanie

Dans plusieurs régions d’Afrique, les femmes manquent de pouvoir, ce qui veut dire qu’elles manquent de ressource et d’argent, et donc qu’elles manquent aussi de soins de santé. Depuis le déferlement du SIDA sur cette partie du globe, les résultats de cette équation ne font que s’aggraver.

Deux femmes canadiennes espèrent voir cette équation faire volte-face, du moins dans une partie de la Tanzanie. Karen Yeates, médecin à l’Université Queen’s et Carol Bisaillon, femme d’affaires de Kingston, ont fondé l’organisme Prevention Through Empowerment (prévention grâce au renforcement des pouvoirs et l’autonomisation) dans l’espoir d’améliorer la prévention de base au niveau de la santé et du VIH chez les femmes tanzaniennes.

« Le centre offre une éducation sexuelle honnête et ouverte. »

Ensemble, c’est possible
Prevention Through Empowerment, un projet de l’ASCCA, a donc été créé et aide maintenant à diriger le Centre pour femmes Pamoja Tunawesa, situé dans la région du mont Kilimandjaro, en Tanzanie. En Kiswahili, le dialecte local, le nom du centre signifie « ensemble, nous sommes capables ».

L’ensemble du personnel est constitué de femmes tanzaniennes ayant reçu une formation en matière de droits humains et de problèmes en lien avec le VIH/SIDA et le centre vise à améliorer le niveau de connaissances à propos des soins de santé pour les femmes tout en leur y facilitant l’accès.

« Aborder la santé sexuelle est un tabou en Tanzanie, dit Karen Yeates. Le centre fournit une éducation sexuelle ouverte et honnête. Ainsi, nous espérons que ces discussions deviendront plus courantes. »

« Savoir négocier en situation de rapport sexuel donne aux femmes de meilleures chances de se protéger contre le VIH. »

De meilleurs partenaires
Toutefois, ce ne sont pas que les femmes qui bénéficient des programmes et forums qui ont lieu au centre. Les hommes et les garçons sont aussi invités à participer aux sessions, où ils apprennent à être de meilleurs partenaires pour leurs femmes ou leurs copines dans leur combat contre le VIH.

« Nous voulons aider les femmes pour qu’elles sentent qu’elles ont plus de pouvoir de prendre des décisions par rapport à leur vie sexuelle, dit Yeates. Savoir négocier en situation de rapport sexuel donne aux femmes de meilleures chances de se protéger contre l’infection du VIH. »

Le centre offre aussi un refuge aux femmes et aux enfants dans le besoin, ainsi qu’un service de consultation et de test de dépistage du VIH.

Santé universelle
Pour ajouter à son mandat déjà plutôt large, le centre a ouvert une clinique médicale pour femmes pendant la Caravane médicale pour les femmes de l’ASCCA-PTE en 2008. Une femme médecin tanzanienne a fait équipe avec un médecin de famille canadien ayant de l’expérience en santé de la femme pour créer un environnement respectueux, compatissant et confidentiel pour les femmes atteintes du VIH ou d’autres problèmes de santé.

« La majorité des femmes au Canada n’aime pas voir leur médecin pour discuter de santé féminine ou de problèmes de santé sexuelle, dit Yeates. Maintenant, imaginez une femme pauvre et illettrée de l’Afrique subsaharienne, atteinte du VIH, qui essaie d’obtenir des services médicaux pour de tels problèmes. 

« Le Canada et l’Afrique sont deux mondes totalement différents mais les problèmes de santé des femmes sont universels. »

Mama Minde
L’idée du centre a vu le jour à la Conférence Mondiale sur le SIDA 2006 à Toronto. C’est là que Karen Yeates et Carol Bisaillon ont fait la rencontre d’Elizabeth Minde, connue dans la région du Kilimandjaro sous le nom de Mama Minde.

Minde est une avocate tanzanienne qui a travaillé inlassablement pendant presque deux décennies à la tête d’une ONG pour faire valoir les droits des femmes en Tanzanie via l’aide légale et l’éducation.

« Elle nous a dit combien les défis légaux sont de plus en plus difficiles à distinguer des défis sociaux, dit Yeates. Tous ses clients les plus désavantagés étaient des femmes. Les histoires qu’elle nous a racontées à propos des défis auxquelles les femmes doivent faire face en Tanzanie a solidifié notre partenariat, sans compter notre amitié.

« Ces femmes enseigneront à leurs filles une nouvelle façon de vivre, avec de nouvelles attentes face à la façon dont on les traitera. »

Égalité des sexes, égalité en matière de santé
Le centre soutient les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies, notamment ceux d’améliorer l’équité des sexes et la santé des femmes. Selon sa philosophie, les femmes seront celles qui changeront les taux d’infections au VIH, mais seulement une fois qu’elles reconnaîtront qu’elles ont des choix.

« Les femmes qui comprennent les questions de santé et qui voient leur rôle dans la prévention enseigneront à leurs filles une nouvelle façon de vivre, dit Yeates, avec de nouvelles attentes face à la façon dont on les traitera. »

Stephen Lewis a déjà dit que les femmes d’Afriques mettront fin à la pauvreté du continent. Ce à quoi nous répondons « Pamoja Tunaweza ».

Les femmes sur la montagne
Il coûte environ $2000 par mois pour garder le centre opérationnel. Des plans de levées de fonds incluent un gala de la veille du jour de l’An (31 décembre 2008) à Kingston ainsi qu’une montée du mont Kilimandjaro en janvier 2009.

Cinq femmes tanzaniennes et une équipe de vingt Canadiens (incluant la Dre Yeates et Mme Bisaillon) entreprendront l’excursion de cinq jours pour grimper le point le plus haut en Afrique.

« Retourner à la cyberlettre